Cas de corps étrangers des cavités nasales

 

Cas 1: Rhéa, chienne Fila Brasileiro de 4 ans: 


Rhéa (66kg) est référée pour l’exploration d’une rhinite associée à une épistaxis droite chronique évoluant depuis 3 mois. Après avoir séjourné dans une pension à la campagne durant une semaine, la chienne a présenté un épisode de jetage séreux ayant évolué vers un écoulement purulent, puis une épistaxis droite un mois plus tard. Divers traitements symptomatiques (Hémoced, Exacyl, AINS, AIS) n’ont permis que des améliorations transitoires.

Examen clinique :

Il est rendu difficile par l’agressivité de l’animal. Bon état général, muqueuses rosées, auscultation normale, température de 38.4°C et absence de lésion ulcérative ou croûtelleuse de la truffe.

Examens complémentaires:

Un scanner des cavités nasales réalisé 3 semaines avant la consultation de référé évoque en 1ère hypothèse une atteinte inflammatoire focale non agressive. Etiologies envisagées: rhinite hyperplasique inflammatoire / infectieuse / auto-immune, infiltration éosinophilique ou lymphoplasmocytaire, malformation vasculaire de type angiome…

On observe une atteinte strictement unilatérale droite, rigoureusement limitée à la moitié ventrale du cornet nasal rostral droit qui apparait épaissi, légèrement désorganisé sur 15mm d’épaisseur pour 3cm de longueur entre 5 et 8cm en arrière de la truffe.

Absence de tout argument en faveur d’une rhinite érosive (l’hypothèse d’une atteinte mycosique – aspergillaire en particulier – apparait improbable) ainsi qu’une absence de corps étranger tomodensitométriquement visible. 

 

 

 

Un examen endoscopique des voies respiratoires révèle la présence d’un volumineux épillet de 4cm de long collé à la muqueuse nasale et localisé ventralement et cranialement à la choane droite.

 

 

 

En surface de cet épillet on peut noter, à fort grossissement, une contamination fongique du corps étranger.

 

Traitement :

Après l’extraction du corps étranger, le curetage et l’aspiration de la muqueuse nasale lésée, il est décidé de placer une sonde de Foley dans le nasopharynx et de réaliser un bain de la cavité nasale droite à l’Imavéral dilué. 

L’examen au microscope du corps étranger confirme la présence de larges colonies d’hyphes septées et branchées, de 3 à 5 microns de diamètre, formant des mycéliums caractéristiques du Genre Aspergillus.

Un traitement d’une semaine de Xeden et de 4 jours de Métacam a permi la guérison complète de Rhéa puisqu’aucune récidive des signes cliniques n’a été observée avec un suivi sur 3 ans.

 


 Cas 2: Nacre, boxer de 8 ans

 

Nacre est présentée en consultation référée pour une rhinite et épistaxis chroniques depuis 4 mois. Les différents traitements anti-inflammatoires permettent d’obtenir une amélioration transitoire des symptômes. La propriétaire relate l’apparition brutale d’éternuements ainsi qu’une agitation anormale de sa chienne qui se frotte la truffe dans les premières heures qui suivent une balade en forêt. Elle est persuadée que sa chienne a inhalé un corps étranger. 

Examen clinique :

Nacre est en bon état général. Hormis l’épistaxis et la sensibilité anormale à la percussion de l’os nasal gauche, l’examen clinique ne révèle aucune anomalie. Le bilan sanguin incluant des tests de la coagulation reste dans les normes.

Examens complémentaires :

Un scanner des cavités nasales a été effectué le mois précédant la consultation. Il montre une lyse focale du cornet nasal ventral gauche avec opacification et conclut en premier lieu à une aspergillose en précisant que l’on ne peut pas exclure totalement un processus néoplasique peu développé.

Une exploration des cavités nasales sous endoscopie est proposée. L’examen en rétrovision du nasopharynx montre la présence de sang provenant de la choane gauche. La cavité nasale droite en vision directe apparait non modifiée. Après rinçage et aspiration de la cavité nasale gauche, la rhinoscopie révèle la présence d’un corps étranger végétal situé dans le méat nasal ventral.

Traitement  :

Des adhérences avec la muqueuse nasale rendent son extraction délicate mais une tige recouverte de nombreuses épines est finalement retirée. Ce corps étranger mesure 7,5cm de long sur 4mm de large. Un traitement post-opératoire de 7 jours de Késium et 4 jours de Métacam a permis la guérison rapide de Nacre.

 

 


Cas 3: Alizée, Yorkshire de 3 ans

 

Alizée (1.7kg) est référée pour exploration de crises d’éternuements fréquentes depuis 1 semaine, ne rétrocédant pas au traitement anti-inflammatoire. La propriétaire note une apparition brutale des symptômes après une balade.

Examen complémentaire et traitement :

En première intention une rhinoscopie est proposée, elle permet l’extraction d’un brin d’herbe de 10cm de long bloqué dans la cavité nasale gauche.

 

 

 

Discussion  :

Les 2 premiers cas illustrent le manque de sensibilité du scanner dans la mise en évidence des corps étrangers végétaux des cavités nasales. Pourtant de grandes dimensions dans les cas décrits précédemment, leur nature isodense par rapport aux collections liquidiennes et à la muqueuse nasales empêche leur visualisation au scanner. 

Comme le montre le cas de Rhéa, un corps étranger végétal, vecteur potentiel de spores fongiques et bloqué dans une cavité nasale depuis plusieurs semaines peut engendrer par sa présence les conditions favorables à une surinfection fongique.

Ces corps étrangers, initiateur d’aspergillose, sont probablement sous diagnostiqués puisque l’aspergillus en détruisant les cornets nasaux peut potentiellement permettre la libération d’un certain nombre de corps étrangers nasaux qui seront secondairement éliminés avec le mucopus à l’occasion d’éternuements violents.

Ainsi, Rhéa révèle le manque de sensibilité du scanner face à une aspergillose nasale débutante, or un traitement précoce est de meilleur pronostic, souvent moins contraignant et préservera le plus possible l’architecture des cornets nasaux. En effet, même guéri de son aspergillose un chien sans cornets nasaux présentera souvent des symptômes de rhinite chronique surinfectée puisque les fonctions de filtration, d’humidification, de réchauffement de l’air inhalé et de défenses immunitaires locales ne sont plus assurées aussi efficacement.

Le scanner des cavités nasales permet d’orienter le diagnostic d’aspergillose mais à un stade souvent trop tardif puisque c’est l’aspect érosif de la rhinite aspergillaire qui est son principal indice différentiel.

 

Conclusion  :

Des éternuements (ou des « revers sneezing »)  d’apparition brutale chez un animal agité qui se frotte la truffe sont des éléments permettant de suspecter la présence d’un corps étranger nasal ou nasopharyngé.

Si l’animal ne l’élimine pas spontanément, une rhinoscopie est alors indiquée afin de l’extraire avant son enkystement et l’installation d’une rhinite chronique plus difficile à diagnostiquer et à traiter.

Ces corps étrangers étant souvent de nature végétale, le scanner des cavités nasales n’est pas l’examen de choix du fait de son manque de sensibilité.

Il sera particulièrement indiqué pour évaluer une lyse osseuse (d’origine dentaire, secondaire à une aspergillose ou lors d’un bilan d’extension de tumeur) et dans les cas de traumatisme crânien.

En outre, la rhinoscopie permet d’assurer le traitement au cours de la même anesthésie. Associée à un examen anatomo-pathologique et à une culture mycosique, la rhinoscopie permettra la détection précoce des lésions d’aspergilloses, des tumeurs des cavités nasales et des rhinites lymphoplasmocytaires.